Les vieux chiens mordent encore. À 22h05, « Rockers England »: la mainstage du Sjock n’a plus grand-chose d’un terrain de jeu pour jeunes premiers. Elle appartient aux vieux briscards. Ceux qui étaient déjà là quand le punk anglais apprenait à marcher et qui, près de cinquante-cinq ans plus tard, viennent encore expliquer aux gamins comment on fait trembler une plaine. COCK SPARRER entre en scène. Et soudain, tout le monde prend dix kilos de moins et trente ans de plus.




Pas question ici de jouer au musée du punk britannique, avec les reliques sous cloche et les souvenirs soigneusement époussetés. Les Londoniens branchent les amplis et attaquent directement là où ça fait mal. Pas de fioritures, pas de cirque, pas de poudre aux yeux : des guitares, une rythmique qui cogne et des refrains conçus pour être gueulés jusqu’à plus soif. Le public, lui, n’attendait manifestement que ça. Dès les premiers accords, on sait que COCK SPARRER n’a pas pris une ride. Ou plutôt si : ils ont pris des rides, comme tout le monde. Mais contrairement à beaucoup, ils ont surtout pris du muscle.



Ca chante, ça se bouscule, ça se pousse au cul. Les moshpits se multiplient. À chaque refrain, le public semble décidé à prouver qu’il connaît les paroles mieux que Colin McFaull lui-même. Et lui, pas besoin de cabotiner. Pas besoin de gesticuler comme un chanteur de hard FM. Le bonhomme avance avec cette présence tranquille des types qui n’ont plus absolument rien à démontrer. Sa voix, reconnaissable entre mille, reste le fil barbelé qui traverse tout le bordel.



A ses côtés, la fine équipe déroule son affaire avec la précision d’une vieille machine de guerre. Une machine qui aurait certes accumulé quelques kilomètres au compteur, mais dont personne n’a encore trouvé le bouton « arrêt ». Le plus savoureux, c’est que le groupe ne se contente pas d’exhumer ses vieilles cartouches et des morceaux plus récents trouvent naturellement leur place dans la mitraille. COCK SPARRER prouve surtout qu’on peut avoir commencé sa carrière à l’époque où les téléphones avaient un fil et continuer à écrire des morceaux qui sentent encore la rue et les arrières-cours de bistrots londoniens. C’est probablement ça, le véritable super-pouvoir de ces types.



Le temps peut bien passer. Les modes peuvent défiler. Les générations de punks peuvent se succéder. Les cheveux peuvent tomber et les genoux commencer à protester. Certains groupes restent capables de déclencher instantanément ce vieux réflexe primaire : lever le poing et hurler avec son voisin, mettre le feu sans avoir besoin de réinventer la poudre. Ils s’en tamponnent probablement les amygdales d’être à la page, leur truc c’est l’efficacité. Trois accords, quelques riffs, des refrains que même un type complètement bourré peut hurler correctement. Visiblement, les gars de COCK SPARRER n’ont toujours pas compris qu’ils étaient censés prendre leur retraite: les Londoniens n’ont pas donné une leçon de nostalgie, ils ont donné une leçon de longévité. Nuance essentielle. Les vieux chiens ont plantés leurs crocs directement dans la mainstage.














































































































































































































































